Le Fortune Cookie


Caisse à outils, Discussions de bar / Tuesday, June 25th, 2019

Ces derniers temps, j’ai eu l’impression de muscler un max ma compassion à travers mes expériences quotidiennes. Comme si c’était ma leçon du moment. La majorité des évènements a à voir avec l’accueil des émotions de chacun, avec une grande écoute, et des échanges plus authentiques avec les autres.

/Interlude musical

J’avais commencé à approche le sujet par la méditation, avec une série de séance dédiée au sujet proposée par Petit Bambou (1), puis à travers des épisodes du podcast de Clotilde “Change ma vie” (2).
Auparavant j’avais tendance à vouloir contrôler les choses, les autres, à prendre la responsabilité d’éléments qui ne dépendait pas de moi, à vouloir soigner les autres dans l’espoir d’y trouver le bonheur, par rebond. J’ai travaillé longuement sur le sujet, en détricotant mes réactions face aux autres (est-ce que je répond avec mes projections, mes attentes pour l’autre?), et en me proposant de répondre simplement avec de la bienveillance et de l’accueil. Si on m’offre un partage, une histoire de joie ou de peine, ce n’est pas pour que je réagisse avec ma vision des choses.

Ça s’est joué en travaillant sur mon estime de moi, ma valeur. Je ne sais pas toi, mais il m’est régulièrement arrivé de surréagir à des discussions ou des évènements mineurs parce que je culpabilisais ou n’étais pas à l’aise avec mes réponses, j’avais peur de ne pas être parfaite, de répondre à côté, ou au contraire en mettant le doigt sur le truc qui faisait mal. En multipliant les auto high-five, en reconnaissant que je ne suis pas parfaite, mais en reconnaissant ce que je faisais en alignement avec mes valeurs, j’ai récupéré quelques points de confiance de moi. Ce qui m’a mené à changer de posture dans mes échanges, en écoutant plus ouvertement, sans craindre (ou moins) d’être blessée par le vécu ou les idées de l’autre, car ça ne m’appartient pas. Et j’ai vu à cette occasion que je pouvais aimer dans la différence, l’humour et l’amour, ça a rendu les choses plus légères, et plus facile à vivre.

Sur les conseils d’un raton rêveur (3) qui m’en a tellement appris en quelques jours dans le désert, j’ai commencé récemment à lire “The Buddha Walks into a Bar…: A Guide to Life for a New Generation ” (4), et ce soir j’ai été très touchée par la lecture d’un passage décrivant le principe du “Fortune Cookie” appliqué à l’accueil de l’autre.

Imagines que tu t’investisses dans un projet pro, en espérant obtenir une reconnaissance certaine (prime, promotion, oui on part sur un exemple conforme aux valeurs de la réussite dans l’imaginaire collectif, I know), pour qu’au final ce soit Robert, ton collègue beau parleur avec un poil dans la main qui empoche la place dispo. Ta réaction première pourrait être de pester, d’en vouloir à Robert et à la planète entière, d’annoncer qu’ils savent pas ce qu’ils ratent, que Robert était exécrable ces derniers temps et que récompenser une personne plutôt relou c’est un peu la loose, qu’après tout ton travail était meilleur et que sans toi, le projet était loin de réussir.(5)
Ça mettrait à coup quasi sûr un froid dans la boîte, créerait une rancœur et de la distance. Et les projets à venir aurait moins de chance de se dérouler comme sur des roulettes.

Dans son livre, Lodro Rinzler met le projecteur sur une autre manière d’aborder cet évènement. C’est comme dans la vidéo du gorille qui met en avant notre difficulté à voir l’absurde/le touchant/le triste quand on est accaparé par autre chose (6). En restant fixé sur la déception de cette promotion ratée, on pourrait manquer de voir la tristesse dans la voix de Robert, la perception d’un être à fleur de peau, le temps passé au bureau tard le soir qui ne serait pas tant un excès de zèle ou de présentéisme, le bureau qui se vide de ses photos. Je sais, je ne suis pas en train d’écrire un roman larmoyant. Le fait est qu’il aurait été possible de prendre conscience que Berbert traverse une phase compliquée.

L’enjeu ici n’est pas de pardonner ou de balancer ses émotions à la cave parce que si l’autre souffre, alors tout est pardonné, loin de là. Il ne se situe pas non plus dans une supériorité mal placée où on décréterait que nous on sait, que l’autre est faible et non éveillé à ces questions, que notre ouverture sera un service bien aimable de notre part. Loin de là. Ça serait même l’opposé, en reconnaissant les ressemblances entre nous, le fait que pendant des périodes où on est exténué, où on est stressé, déséquilibré et un peu isolé, il est rare qu’on soit doux comme des agneaux et prêts à blaguer avec le monde entier.

Crédits (7)

C’est là qu’on peut utiliser le Fortune Cookie. Apparemment certaines personnes ont l’habitude de détourner l’usage des fortunes cookies en ajoutant “in bed/au pieu” à la fin de la phrase. Sur “You will soon find success/Tu embrasseras bientôt le succès” par exemple. Le rapport avec la choucroute?
En réfléchissant à des évènements qui nous ont ébranlés sous le prisme du Fortune Cookie version “just like me/comme moi”, il devient plus aisé de relativiser les choses, de reconnaître qu’on ferait la même chose. Un exemple : “Robert veut promouvoir ses idées pour progresser dans la boîte… Comme moi”, ou “Robert s’emporte parfois pour des broutilles… Comme moi”. En explorant cet exercice, il est probable que tu te bascules de pensées limitantes/destructrices vers des énoncés plus génériques “Robert essaie d’être heureux et fait de son mieux… Comme moi.”

Je ne sais pas toi, mais je reste sur le cul devant les possibilités et les ouvertures offertes par ce jeu d’esprit/outil, et j’ai envie d’en parler à tout le monde. Free the cookie!

(1) Tout savoir sur Petit Bambou
(2) Je recommande le podcast Change ma vie à la chaîne. Les exemples clairs et touchants qu’elle donne, les outils facile à rajouter dans sa propre caisse à outils, c’est clairement mon rdv hebdomadaire. Ma deuxième thérapeute.
(3) Le blog de la douce Cléa
(4) Le lien goodreads
(5) Je me base sur l’histoire énoncée dans le bouquin version moi, ce n’est pas du vécu !
(6) La description de l’expérience et la vidéo oldschool associée. En bonus une application loufoque : Attention sélective
(7) Crédits de l’icône : Icons made by Smashicons from www.flaticon.com is licensed by CC 3.0 BY

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