10j de silence – Vipassana


Discussions de bar / Sunday, September 1st, 2019

Il m’est difficile d’écrire ces dernières semaines, entre un flux de pensées incessantes et un rythme de vie plutôt chargée, je me perds dans mes pensées plus que je n’en sors. Cependant il me paraît important de revenir et d’écrire dès à présent sur les 10j de retraite Vipassana que j’ai terminé il y a une semaine, car ça a été une expérience pour le moins percutante, et que ça m’a retourné à plusieurs reprises.

Vipassa-quoi?

Avant de partir en retraite Vipassana, je n’en savais que très peu sur cette méthode, sur ce qui m’attendait. C’est un très bon ami qui m’en a parlé en me disant que ça lui avait changé la vie, qu’il en avait faite 2, que ça ne pouvait que difficilement se raconter, que c’était quelque chose que l’on vivait en soi même.
Vu que ma mouvance cette année est de me dire “si ça me tente j’essaie”, je me suis retrouvée à m’inscrire au mois de mai à un sitting à Dhamma Mahi, dans l’Yonne, comme ça, pour voir (je ne connaissais pas Auxerre et ses alentours, ça paraissait être une bonne destination de vacances). Ce que je savais : c’est 10jour de retraite (9j en silence avec un jour de “récup”), avec quasi 10h de méditation par jour, je serai coupée du monde, c’est pas une secte (ouf) et ça a l’air assez profond comme travail.

Et effectivement c’est profond et intense et violent et parfois vertigineux. Je tenterai dans cet article de décrire mon expérience sans trop rentrer dans les détails, avec des conseils pratiques ou des ressentis, je ne sais pas vraiment en fait, car c’est vraiment comme le disait mon ami quelque chose qui se vit, un cadeau qu’on se fait. Pour en savoir plus sur la méthode, c’est par ici.

Des vacances dépaysantes

Le premier message que j’ai envoyé en sortant de là, c’était pour remercier du fond du coeur l’ami qui m’avait parlé de tout ça, parce que ça a été extrêmement riche, mais que purée, j’avais aussi l’impression de sortir d’un cycle long de machine à laver, avec un cycle d’essorage à vitesse maximale.

C’est selon moi une expérience hors de tout, hors du temps. Jamais je n’avais vécu 10j en retrait complet du monde, sans nouvelles de l’extérieur, sans pouvoir écrire ou lire, sans parler, dans un cocon/une prison (le mot est prononcé le premier soir, ça met dans le bain) où tout l’emploi du temps est dicté par un gong, et où j’avais juste à manger ce qu’on me donnait, dormir, me promener et méditer, méditer, méditer. Avec également une heure de discours chaque soir pour comprendre ce qu’on traverse, la politique du truc, ce qu’on met en place.

Jamais je n’avais médité plus de 30min (encore moins en étant immobile, c’est le bonus qui arrive en cours de semaine), donc la traversée de ces journées avec 10h de méditation a été parfois complexe. Se retrouver aussi longtemps face à soi, à son mental et ses failles, c’est très intense. À l’extérieur, je serais sortie me balader, j’aurai appelé une amie, j’aurai écrit, mais là le seul truc à faire c’était regarder en face l’obstacle pour le dépasser. J’ai ressenti des douleurs physiques et mentales que je connaissais pas, et que je n’aurai pas pensé rencontrer lors d’un voyage immobile. Également des sensations agréables de vibrations sur une partie du corps, auxquelles j’étais auparavant étrangère.

L’objectif de cette technique de méditation est avant tout d’observer la réalité telle qu’elle est, sans y réagir, en concentrant notre attention sur des objets réels tels que notre respiration ou notre corps.

L’enjeu en la pratiquant, c’est de parvenir à purifier son esprit de maux, de négativités, de souffrances qui s’y logent depuis parfois des années, d’adopter également un art de vivre plus en phase avec la réalité du monde, en constatant que tout passe, que chaque sensation qui apparaît disparaîtra à un moment, et qu’il ne sert à rien de s’attacher à quelque chose d’aussi fugace, ou impermanent. Qu’il convient plutôt de jouer à l’observateur, au docteur (“Tiens, à cet endroit j’observe une douleur, qui est plus intense ici qu’à 2cm plus au nord”), en se tenant à distance autant des sensations négatives que positives. C’est là où mon cerveau a un peu râlé, merde quoi, si c’est agréable pourquoi ne pas en vouloir plus? Parce que ça passera, ça aussi.

“Vous ne passerez pas”, version Vipassana

Ce qui m’a aidé à tenir les 10j

Ça n’a pas été simple tous les jours pour tout dire, et si je pensais arriver en étant assez stable et solide, je me suis quand même bien prise des murs lors de cette expérience. En début de semaine, j’ai envisagé de manger comme les anciens étudiants passés les 4 premiers jours (les anciens étudiants ont droit uniquement à de l’eau citronnée et à de la tisane à la pause de 17h, les nouveaux à deux fruits et à des boissons plus diverses). À tenter de ne pas manger non plus de gluten et de sucre, pour faire d’une pierre deux coups et chouchouter mon organisme au global. #healthy

Mer de coussins

Face aux difficultés que j’ai rencontré les 5ième et 6ième jours, ces principes ont volé en éclats, ce qui comptait c’était que je prenne soin de moi au global, et c’est comme ça que j’ai terminé les 10j avec un bol de bananes avec du nesquik au goûter. C’était une véritable madeleine de Proust et j’avais grandement besoin de ce réconfort.

Je suis également allée voir plusieurs fois l’enseignante pour avoir des réponses à des doutes, à des questions diverses. Je ne peux que la remercier pour sa bienveillance et son regard si enveloppant et bienveillant, la regarder et lui parler m’a fait du bien et m’a permis de lâcher des choses par moments, car je savais que j’étais soutenue et pas seule. C’était plus qu’important quand on passe 9j sans parler (ni verbalement, ni par le regard, ni par les gestes), et qu’on a l’impression d’évoluer au milieu de silhouettes mystérieuses dont on apprend à reconnaître le bruit des pas et de la respiration sans même connaître leur nom. À ce propos, le Jour 10, quand on peut parler à nouveau, c’est dingue la joie et l’amour qui sont partagés, beaucoup de choses sont enfin dites et communiquées, on se rend compte que ça n’a été simple pour personne et c’est un moment plutôt joyeux, alors même que j’étais personnellement au fond du seau et dans un état très noir quelques minutes avant. Le voile se lève enfin, on redevient des humains qui échangent, et pfou, quelle libération!

Concernant mon état physique, ce qui m’a aidé également ça a été d’avoir fait un premier week-end d’initiation à la méditation pleine présence à Karma Ling en début d’année, pour apprendre comme s’asseoir et poser son corps avant une méditation. Ce point m’a pas mal surprise: il n’y a pas d’instructions ou de conseils sur les possibles positions de méditation à adopter en début de retraite. Il y a une armoire débordante de coussins en tout genre, des bancs de méditations, des dossiers pour les personnes qui le souhaitent mais pas de préconisations. Lors du week-end à Karma Ling (totalement différent mais intéressant également), un soin important était donné au corps, avec notamment des exercices d’étirements destinés à détendre et préparer le corps avant une médit. Ils nous avaient même transmis un pdf explicatif en fin de stage pour qu’on le fasse chez nous. Je m’en suis souvenue assez tard (J7), mais ça m’a fait du bien de m’étirer de la sorte avant de me poser 1h sans bouger.

La pratique du yoga avec Adrienne (la seule et l’unique) m’a aussi énormément aidée, il n’était pas rare que je me prenne 5min pendant une pause pour aller faire quelques postures et m’étirer dans tous les sens Dans mon top 3 : Happy baby, Cat-cow et un peu de Reverse Pigeon. Une vraie aide.

La position dans laquelle on pouvait me surprendre lors des pauses : Happy Baby. Crédits : Spotebi

Ce qui m’a manqué pendant ces 10j :
– ma paire de birk pour adopter gaiement le look Birkenstock/chaussettes et éviter de faire des lacets à toutes les pauses,
– écrire, savoir ce qu’il se passait dehors. Mon cerveau a développé à maintes reprises des scénarios catastrophes dingues, il a parfois été compliqué de dompter mes angoisses et peurs,
– les barres de céréales chocolatées de mon coloc. On a très bien mangé pendant les 10j, mais dans les moments difficiles j’avais de fortes envies de chocolat et de sucreries. Savoir que des barres de céréales (très très nourrissantes) avaient été oubliées dans la voiture qui était à quelques centaines de mètres de moi m’a obnubilé quelques temps,
– des vraies fringues. C’est cool de passer 10j en simili pyjama, mais purée que j’en avais marre à la fin! Je ne supportais que peu de me voir sans le moindre maquillage et sans fringues un minimum sympa. Superficiel oui, mais ça m’aurait fait doudou par moment je crois, et dans ce cadre là, tout est bon à prendre.

Comment j’en sors

Ces 10 jours de Vipassana ont réglés mes problèmes, ramené l’être aimé et réparé mon ordinateur à distance. Ou presque. En réalité, j’en suis sortie complétement dévariée, je ne connaissais plus mon numéro de téléphone, je ne reconnaissais plus ma voix et mon environnement, mais je connaissais la voie que je souhaitais emprunter, et ça déjà, c’est un sacré cadeau.

Pour peut-être la première fois de mes 28ans d’existences, j’ai eu une vision claire de ce que je voulais être, de ce que je voulais faire, où vivre, quand, comment. Donc ça valait le coup de passer 10j rien qu’avec moi-même. J’en sors je crois plus légère.

Mais qu’est-ce que l’onde de choc a été forte. Comme le disait mon ami, “content de voir que tu as pris une belle châtaigne” et c’est exactement ça, j’ai mis les doigts dans la prise pour vivre en 10jours une expérience hors de tout à l’extérieur, en plein dans le mille à l’intérieur. J’ai vu des côtés sombres, des espoirs qui traînent depuis un moment, et beaucoup d’envie et de détermination à tout mettre en place pour le futur.

Et aujourd’hui c’est vraiment ça qui me surprend et me permet d’observer le chemin parcouru (seulement une semaine après, j’en suis consciente), je suis bien plus directe et honnête dans mes intentions et dans ma volonté d’évolution. Je parle clairement de ce que je veux, ne veux pas, et j’ai lancé des actions qui m’aurait paru soit encensée soit impossible à faire (par manque de courage/confiance ou par peur) il y a encore quelques semaines. Ces quelques heures de méditation avec “Forte détermination”, ou “Adhiṭṭhāna”, durant lesquelles le mouvement est proscrit, m’ont marquées car hors de ce contexte, je ne me serais jamais infligée (le mot est pesé) un tel truc. Et j’ai vu que j’en étais capable, ça m’en a dit beaucoup sur moi même, j’avais sûrement besoin à ce moment précis de me confronter de cette manière là. Car cette détermination devient peu à peu mienne.

Je sors aussi de cette expérience avec un carnet d’adresse complété de plusieurs contacts “XXXX Vipassana”, et c’est super précieux à mes yeux. Quelle chance et quel confort d’avoir initié des contacts avec ces hommes et surtout ces femmes qui ont traversé la même expérience que moi, et qui me permettent de garder le cap quand il le faut, qui partagent leur expérience et leurs ressentis. J’ai rencontré des personnes aux vécus différents mais qui me ressemblent dans leurs intentions, et vraiment, le jour 10 a été un vrai réconfort. On a discuté tard ce jour là, malgré les réveils du gong à 4h du matin, parce qu’on avait besoin de rigoler ensemble et d’échanger. C’est des rencontres vraiment chouette, et franchement, avoir un jour 11 en plus tou(te)s ensemble pour parler encore et encore, ça aurait pas fait de mal.

C’était difficile de rentrer et de parler de tout ça. Ça me semble presque loin là, mais c’est malgré tout encore très frais. Qu’il était difficile d’exprimer ce qu’il s’est passé, c’est tellement intime et personnel, dans le sens où c’est une expérience notamment sensorielle en soi-même. Difficile de raconter le silence extérieur et les explosions intérieures. Difficile de connecter avec les autres, de sortir de l’expérience, de parler d’autre chose. J’ai médité tant bien que mal 2h par jour cette semaine, conformément aux instructions qui sont données. C’était réconfortant d’entendre la voix de S.N. Goenka chaque matin et chaque soir, après qu’il ait bercé nos journées dans un environnement clos et fermé, le retrouver à l’extérieur est intéressant. Les séances sont dures parfois, mais je m’accroche car je considère que c’est un beau cadeau que de s’accorder ce temps (2h par jour, c’est même pas 10% d’une journée en soi. Comment ça, c’est un argument bizarre?) pour soi, pour s’observer et se donner du temps et aller mieux.

Le dernier lever de soleil

Je me sens encore plus perchée qu’avant, mais avec une douceur et une dureté nouvelles : je me sens plus apaisée la majorité du temps, notamment au travail, et plus franche quand il le faut aussi je crois. C’est un processus qui s’amorce seulement, j’ai hâte de voir ce que ça donnera d’ici quelques mois, quand tous ces enseignements auront infusés et quand tout sera plus clair dans ce chemin que j’ai entrevu. Que cette aventure est belle et riche!

J’ai écrit un véritable pavé sur cette expérience et pourtant je l’ai à peine effleurée. Si c’est quelque chose qui t’intrigue, je t’invite à t’offrir ce cadeau, ces 10jours pour tester en toute loyauté cette technique. Si tu veux en parler ou poser des questions, je suis disponible.

Je met dans la liste d’infos quelques liens de vidéos ou de podcasts que j’ai écouté et aimé sur ce sujet.

Anitya!

Quelques liens à explorer :
– Le reportage “Doing Time Doing Vipassana” qui raconte l’arrivée de Vipassana dans la plus grande prison d’Inde dans les années 90
– Le retour d’expérience de Jonathan Lehmann sur son expérience Vipassana.
– Le podcast Align Podcast sur Vipassana et son effet sur le cerveau. Aaron décrit S.N. Goenka comme un “drunk Homer Simpson” et c’est tellement ça, j’ai adoré sa description de tout ça.

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