Une pelote


Discussions de bar / Tuesday, October 8th, 2019

Parfois j’aimerai réussir à démêler la pelote jusqu’au bout, à tirer assez sur le fil pour voir ce qu’il y a de cacher en son coeur. Je passe en permanence d’une idée à l’autre, la toile qui est dans mon cerveau est parfois si dense qu’il m’est difficile d’y trouver de l’espace ou du calme.

Ça tambourine constamment, et c’est sans fin. J’ai cherché longtemps un outil, un moyen pour moi de décrire ou sortir de moi même ce qui s’y trouve, pour m’alléger, pour prendre de la distance et trouver les pièces manquantes ou en trop de l’équation. Mais les mots ne suffisent pas, ne sont pas assez précis et à la fois trop “fini” en eux-même pour décrire cette complexité. Dans mon vipassana j’avais cru apercevoir au milieu de ces nuages des moments de clarté, d’ordre où les pièces tombaient chacunes à leur place, me permettant de distinguer l’allure générale des évènements et la structure à donner à la suite.

J’utilisais dernièrement l’image de la boule à neige, une boule qu’on ne cesserait de secouer, de renverser, d’alimenter avec plus de paillettes (non, je n’ai pas vu la vidéo à la mode du moment), comme une métaphore de mon cerveau où la paix ne trouverait plus refuge, mais où elle serait sans cesse perturbée par les rafales.
J’utilise beaucoup mon mental, mes capacités d’analyse, alors même que cela ne m’aidera pas à voir le monde tel qu’il est en réalité.

Et pourtant ces dernières semaines ou mois, j’ai bien vu par l’expérience qu’il n’était pas nécessaire de réfléchir ainsi à tout tout le temps, pour tout décoder ou comprendre. Je me suis vue être la plus claire et précise du monde dans des moments où je lâchais tout, me laissant guider par mes envies ou mes besoins, mes élans. J’ai tenté d’expliquer avec des mots des situations ou des émotions qui ne pouvait de toute manière pas l’être, car ce n’était pas quelque chose que j’avais lu ou vu, mais que j’avais expérimenté en moi. Je me suis fatiguée moi même en voulant en faire trop, trop bien/vite/fort, en voulant écrire mieux, de manière plus structurée, avec un plan.

Mais j’en suis incapable à ce stade, tout ce dont j’ai besoin c’est de sortir les choses, de les évacuer pour qu’elles ne soient plus seulement miennes, mais qu’elles me soient extérieures. Pour que ça soit fait, et dit, que ça ne m’encombre plus l’esprit et les idées. J’ai fait des expériences, des rencontres, des choses que je ne me pensais pas capable de faire, et c’est dans l’action que tout s’est fait avec un naturel déconcertant.

Je veux aujourd’hui sortir du calcul, de la planification, de la prévision, pour me rapprocher de mon instinct, de mon besoin d’écrire ce qui me passe par la tête. Sans me juger ou sans avoir peur. La peur est le sentiment le plus banal du monde, celui qui enferme, qui cloisonne, qui isole des autres et même de soi. J’apprends à faire ma connaissance, et je veux le faire de la plus sincère des manières possibles. C’est quand j’ai ouvert mon cœur aux 4 vents qu’il y a eu le plus de beaux moments, quand j’ai laissé tomber les masques, quand j’ai parlé de moi simplement.

C’est un effeuillage de l’esprit, c’est des instants volés où c’est tout soi qui parle et échange de manière je l’espère plus pure. Je ne connais pas la vérité, je n’ai pas de réponses aux questions qu’on peut se poser sur l’univers, sur ma place, sur le pion que je devrais avancer au prochain tour, sur le futur ou ce qu’il pourrait s’y passer. Mais j’ai maintenant en moi des souvenirs de moments où je me sentais juste dans ma parole, mes gestes et mes pensées, et c’est super précieux. J’ai déroulé je crois une pelote qui avait un nœud, qui avait bugé et tournait en boucle sur les mêmes constats: comme George Sand le dit, l’esprit cherche et c’est le cœur qui trouve. J’ai cette citation affichée dans ma chambre depuis des mois, j’avais besoin de m’en rappeler, de la voir fréquemment pour me le remettre en tête, ne pas oublier. Maintenant c’est inscrit en moi, dans mon expérience, et ça ne me quittera -je l’espère- pas de si tôt.

C’est en restant dans l’accueil de moi même que j’en viens aujourd’hui à accueillir à cœur ouvert les autres.
C’est en prenant soin de ce que je suis, ce dont j’ai besoin en moi que je parviens aujourd’hui à me dévoiler et à être vulnérable sans crainte.

Mon esprit repart tout de suite à l’assaut de nouvelles idées ou questions à résoudre. Pour ce soir je crois que j’ai déjà fait apparaître sur cet écran un nouveau souvenir, qui alimentera cette pensive. Je n’ai plus envie de me focaliser sur la qualité, sur la structure, sur le sens de tout ça, je veux me laisser guider par le son mécanique de mon clavier, par le rythme de mes pensées. Et tant pis si ça paraît incohérent ou futile.
Ca rappelle de bons souvenirs.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *