Sortir de son nombril


Discussions de bar / Wednesday, October 9th, 2019

As-tu déjà donné des thèmes au mois, au cycle en cours, à la saison que tu traverses? Un ami décrivait ses humeurs comme fluctuantes au fil des saisons, avec des mois d’été tournés vers l’autre, à l’extérieur, à faire de nouvelles expériences, et des mois d’hiver dans l’hibernation et le repli à soi.

Ce que j’observe dans mon expérience cette année, c’est strictement l’inverse. Après 10j de méditation silencieuse en août, et 10j de voyage en solo en septembre, j’ai envie pour ce mois d’octobre d’aller vers l’autre et de sortir de ma grotte. Elle m’a peut-être un peu gardée au frais pendant les épisodes de canicule de l’été, ou bien elle a assuré que je garde un minimum de santé pendant des périodes de gros stress. Il me paraît à présent possible de sortir de ce rôle d’Hermite pour voir ailleurs ce qu’il s’y passe.

Pendant mon séjour en Écosse en solo, j’ai démarré un énième carnet de bord, pour consigner mes réflexions, mes enjeux, mes espoirs et doutes. Je voulais raconter mes émotions face aux paysages, mes rencontres, mes surprises vis à vis de cette culture. J’ai effectivement écrit sur mes rencontres, le whisky offert par les locaux et mes couacs de voyage, mais purée, qu’est ce que j’ai pu écrire sur moi.

Le paradoxe est fort quand au fait d’écrire un article sur mon blog (où je n’écris que sur moi et mes expériences) sur le fait que je râle de trop réfléchir à moi et mes petits problèmes de nombril. J’en suis consciente.
Mais comme hier je veux voir ce qu’il se passe en allant plus profond dans le truc pour analyser.

J’ai commencé à m’écrire après avoir écouter le podcast de Clotilde de Change ma vie sur le flot de pensées, cette méthode consistant à prendre quelques minutes de son temps chaque jour pour écrire et sortir les pensées qui traînent, bouclent et occupent trop de temps disponible pour laisser de la place au reste. Je m’y suis mise de manière régulière et ça m’a aidé à solder différents sujets ou problématiques qui pouvaient me sembler tout à coup vraiment futile une fois écrites noir sur blanc sur mon carnet.

Écrire comme ça m’a permis petit à petit de réaliser aussi avec quel langage et quel ton je pouvais me parler. Dans l’intimité de ces carnets, j’avais pour la première fois depuis longtemps l’occasion d’avoir un jardin secret, un espace propre, libre de tout jugement extérieur (la seule juge c’était moi, et c’était loin d’être un cadeau parfois). Mon côté maniaque – ou propre sur elle – m’a interdit la rature, je faisais donc en sorte de corriger à la suite ou dans le paragraphe suivant mes dires, mes mauvaises intentions. Ca m’a entraîné à tourner autour de la vérité, à adopter différentes optiques vis à vis des évènements du quotidien. Ça m’a ramené en mémoire d’autres leçons de Clotilde de CMV (créons en ce 9 octobre 2019 la seconde abréviation la plus utilisé de ce blog après “etc”), où elle explique que les faits sont neutres, et que seule notre interprétation, nos projections sont en capacité de teinter notre expérience de joie ou en peur.

Dans des moments de chouine où il semblait que le monde s’efforçait de me mettre à bout, je me faisais une joie d’écrire tout ce qui me tournait en tête, toutes les idées mauvaises, les jugements sur autrui, les ragots. Une fois que la liste était faite, je m’attelais à inverser la vapeur, à relire chacune des phrases pour l’observer d’un autre angle, en me concentrant sur la réalité des choses. Il s’agit d’élargir mon champ de vision, de me mettre à la place de la personne en face, d’observer que si pour une métrique A le résultat est mauvais, il apportera un gain substantiel sur la métrique B. Tout change, tout passe, et tout dépend du référentiel.

Ici la référence à CMV c’est l’épisode sur “The Work” avec les 4 questions de Byron Katie (j’ai dans la foulée commencé à écouter son livre Loving what is, and honey, I swear that thing is GOOD). The Work est un travail puissant visant à se libérer de pensées limitantes ou causes de souffrances, en se posant 4 questions pour chaque pensée destructrice : “est-ce vrai?” “suis-je sûre que c’est vrai?” “qu’est-ce qui est déclenché en moi quand j’ai cette pensée?” “qui serais-je sans cette pensée?”. La dernière question m’a allégée de beaucoup de poids au fil du temps!

Chaque jour ou presque je prend le temps de m’écrire, d’augmenter ma tolérance vis à vis de colères ou de sentiments vifs, de moins me prendre au sérieux, aussi. Je me parle mieux, je m’aime plus (parce que je me le suis autorisé et écrit à maintes reprises) et je me connais plus en profondeur qu’avant. J’ai fait face à des zones d’ombres parfois, car je ne suis pas parfaite, comme tout le monde.

On a commencé à discuter de ça en parlant de sortir de son nombril, et pourtant je suis en plein dedans! Je solde dans ces quelques lignes des bugs de la matrice, et je règle son compte à la culpabilité qui m’habitait quand à cette pratique d’écriture qui me paraissait inutile et égoiste. Je réalise que ça a été fondateur pour moi, et que si aujourd’hui j’arrive à m’ouvrir autant aux autres, c’est également que je suis parvenue à me blinder en apprenant à me connaître. Est-ce qu’on peut dire que la boucle est bouclée?

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