Being a woman


Discussions de bar / Sunday, January 12th, 2020

Ce matin je suis enfin allée chez le coiffeur. Ça faisait 3 semaines que j’y pensais, que j’attendais ça avec impatience. C’est un moment qui s’annonce normalement comme un moment de détente, de relaxation, de soin. Et ce matin, comme à chaque fois que j’y vais, je me suis prise le mur du “Je ne sais pas quel est le comportement attendu, je sens l’arrivée d’une crise d’angoisse et de pleurs”.
C’est somme toute une réaction totalement légitime et normale de la part d’une personne majeure, indépendante, et normalement saine d’esprit… Ou pas? C’est en tout cas un exemple du mal être qui peut m’emplir quand je me retrouve dans un moment qui est vu comme typiquement féminin.

Ces dernières années j’ai ausculté mon rapport aux autres, aux hommes et aux femmes, et j’ai observé une différence franche entre la personne que je suis au contact d’hommes et celle que je suis au contact de femmes. J’ai d’ailleurs évoqué ce point avec ma thérapeute l’an dernier, et elle a été directe en me rappelant que c’était moi qui créait cette distinction car en soi, j’étais quotidiennement entourée d’humains, de sapiens, que les femmes représentaient un groupe varié, complexe, où chacune a ses propres questions, habitudes, comportements, sa propre identité et son propre comportement face au sexisme et aux enjeux du quotidien. De la même manière que les hommes.

Ça a eu pour effet de me remettre les idées en place, et de me sortir des histoires et des limites que je pouvais ériger en moi.

Tomboy

Mes jeux et centres d’intérêts tombent dans la catégorie “truc de mec” depuis ma plus tendre enfance. J’ai grandi avec des jeux de constructions (Lego, K-nex), des circuits de voitures, entourées par des copains (j’avais quelques amies filles, mais je ne sais pas si j’étais tant à l’aise ou authentique que ça avec elles). Je ne portais pas de robe ou de jupe, étais peu intéressée par les jeux de poupées. Je pouvais jouer peut-être 5minutes à la barbie avec ma soeur mais il y avait souvent un accident de camping car m’obligeant à construire un ascenseur en lego ou une chaise roulante en K-nex.

Au collège je m’habillais avec des pantacourts et des marcels de garçon, et on me qualifiait de “garçon manqué”. Ce n’est qu’en lisant ces dernières années des écrits féministes que j’ai réalisé l’absurdité de cette expression. Comme le souligne Valérie Rey-Robert dans l’article qu’elle écrit suite à la mise en lumière de la Ligue du LOL :

“L’expression « garçon manqué » peut bien évidemment désigner une femme de façon péjorative mais elle peut aussi lui être adressée sous forme de compliment (car il est bien entendu que le plus grand compliment qu’on puisse faire à une femme c’est qu’elle est presque aussi bonne qu’un homme) : « Aurélie ? elle joue très bien au foot : Un vrai garçon manqué ».”

Cette étiquette m’a suivi quelques années. Ensuite j’ai fait des études d’ingénierie dans un milieu “masculin”, et de fil en aiguille j’ai grandi et je suis devenue femme en étant entourée constamment d’hommes, en fréquentant une majorité d’hommes. Les étudiantes représentaient 15% de ma promo pendant mes années d’études, et depuis que j’ai commencé à travailler, je dois pouvoir lister de tête l’ensemble des occasions au cours desquelles j’ai été au contact d’une femme en réunion ou atelier technique.

Wise words

J’ai plus de 10 ans de lectures d’autrices féministes, de réflexions sur le sujet du genre, sur la sexualité féminine, la vision qu’on en a, son histoire/ses racines et tout ce qui entoure ces sujets, et pourtant aujourd’hui je ne suis pas habituée à être entourée de femmes. Comme si depuis des années j’avais trimé sur un sujet de manière purement théorique, en évoluant et en étant dans l’être dans la team “en face”/dans le groupe sociologique opposé, auquel je n’appartiens pourtant pas plus.
L’année dernière j’ai participé à une formation très riche au planning familial sur le genre et la santé sexuelle, ce qui m’a permis d’interagir avec des personnes formées sur les questions d’accueil et d’écoute des visiteurs du planning. Et là également dans nos échanges et nos débats, je me suis confrontée à la limite entre mes connaissances théoriques et le vécu des intervenants en face.

Gender studies

Je ne suis pas spécialement gracieuse, je n’ai pas fait de danse (plutôt du rugby – la nana qui insiste -), donc cet équilibre sur un fil peut être assez douloureux à voir pour moi. Je suis bien plus dans mon élément aux côtés d’hommes, car au fil des ans j’ai appris à vivre avec eux quasiment H24, dans des relations amicales/amoureuses mais surtout principalement professionnelles. J’ai vécu le sexisme au travail, le harcèlement et la sexualisation non désirée, j’ai vu le manque de crédibilité que je pouvais avoir vis à vis de clients et de partenaires professionnels. J’ai souffert, je me suis remise en question constamment, j’ai changé de manière de m’habiller pour me protéger, pour me cacher. J’ai ployé sous la pression et les impératifs en me disant que si je ne faisais pas ce qu’il fallait mon échec ne toucherait pas que ma réputation mais qu’il accroîtrait l’idée que “la technique c’est pas fait pour les femmes”, alors que je veux que ma présence et mes réussites puissent aussi ouvrir des portes et des voies, que je puisse être un exemple parmi toutes les femmes qui se lancent aujourd’hui sur des positions où on ne les attend pas et où elles sont surtout attendues au tournant.

J’ai grandi, j’ai mûri, j’ai bossé sur moi et via notamment la thérapie et le temps je constate aujourd’hui que je peux m’affirmer dans ma personne, dans mon identité et mes valeurs en ayant beaucoup moins peur (de quoi?) qu’avant. Ça m’a demandé du temps mais les hiérarchies et les stéréotypes que j’avais en tête auparavant ont été déconstruits au profit de pensées et d’idées qui me semblent plus constructives : “I am enough”, j’ai le droit de ne pas savoir, je n’ai pas à tout faire seule, j’ai le droit d’avoir mon caractère. Les mecs ne sont pas tous des menaces, je peux tomber le masque, être plus vulnérable mais aussi me faire respecter quand il le faut.
Je ne suis pas parfaite, et c’est OK. Ce que j’écris ce soir pourra changer jeudi prochain après ma réunion hebdomadaire compliquée de laquelle je sors généralement en me disant “on brûle des mecs” (cf la référence à Kaamelott). J’arrive à me sentir à l’aise et à ma place, légitime dans la plupart des situations, mon syndrome de l’imposteur se réduit petit à petit.

Et puis à côté il y a les moments où je me retrouve dans des évènements autour de la femme, dans des groupes de paroles, face à des copines de copains, et là. C’est le blanc. Je n’ai pas de partition à jouer les yeux fermés, je ne sais pas de quoi parler, comment, qu’est ce qu’il faut faire pour ne pas froisser et je me sens totalement inappropriée et déplacée. Je ne connais pas l’image que je veux renvoyer quand je suis dans ce type d’assemblée, le personnage n’a pas encore été formé dans, c’est rendez-vous en terre inconnue. Tout ce que j’arrive parfois à définir de moi c’est que j’ai un côté masculin. A ce stade d’introspection là, et avec tout ce que j’ai déjà écrit sur le sujet, je mériterai une médaille n’est ce pas?
Mon syndrome de l’imposteur revient à toute vitesse, je me dis que je ne suis pas à ma place, “pas assez” féminine, intéressante, renseignée sur les sujets que j’aimerai aborder. Je doute de mes idées et de la ferveur de mon féminisme, est-ce que je ne suis pas une farce? En 2020 je voudrais explorer et faire des câlins à mon côté féminin, et m’offrir des expériences entourée de femmes pour sortir de ma torpeur et surtout expérimenter ce que c’est qu’être une femme de nos jours, hors des bouquins. J’ai envie que mon militantisme sorte de ma zone de confort, des discussions de machine à café sur le consentement et sur metoo. Je veux aller plus loin, et faire plus.

Histoire que je me sente bien en allant chez le coiffeur, pas “hors normes”, “hors convention”, et pas à ma place. Car au final la coiffeuse n’attend rien de moi, elle a déjà ses problématiques, ses ambitions et ses valeurs. Il n’y a pas de contrat entendu, je peux juste être moi, et profiter d’un massage autour du bac à shampoing.

Est-ce que c’est ça qu’on appelle “se créer des problèmes de manière bête” ? Parce que même en y souriant, je ne peux m’empêcher de trouver ça dommage ou ironique.

Quoiqu’il en soit, c’est ce qui sort de manière brute de mon cerveau quand je pense à ces questions. Je suis femme, mais en équilibre.

Ca aussi ça passera! Anitya.

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