La zone d’inconfort


Discussions de bar / Thursday, January 16th, 2020

J’ai longtemps fait tout mon possible pour me tenir la plus éloignée possible de toute action qui ferait changer les choses en provoquant des émotions désagréables. Je mettais l’entièreté de mon énergie à maintenir des statu quo, des états les plus stables possibles, de manière à ce que rien ne pète. Si ça pète, c’est un échec, c’est que j’ai mal fait quelque chose, c’est que j’ai failli.
Il fallait que je sois parfaite et que je fasse plaisir. Jusqu’à m’oublier s’il le fallait, l’important était ailleurs, il était chez l’autre, dans l’entreprise qui me donnait la chance de travailler pour elle, tout était un cadeau pour moi et je me devais d’en accepter les aléas et les conditions.

Avec des idées et des structures pareilles en tête, à un moment, ça pète forcément. Et c’est riche! Ces dernières années je me suis accrochée très fort à des situations qui devenait de plus en plus néfastes et c’est toujours au dernier moment que je m’en suis sortie, que je me suis réveillée. Pourtant il y avait des signes de “ça part mal, tu vas pas être heureuse dans ce job/cette relation/cet endroit” dès le début. Et pourtant comme dans un mauvais film d’horreur, il était possible de m’observer m’enfoncer le plus profondèment possible dans la situation, type “non mais elle voit la même silhouette macabre que nous, elle va pas y aller/non mais ce truc pue l’embrouille à 1000km, elle va le voir”.
Heureusement le film se termine toujours bien, je réalise l’énormité de la situation et à quel point ça ne me correspond pas, à quel point j’y suis mal, et je bouge vite et fort. T’es pas toujours satisfait d’avoir payé aussi cher pour la séance en 3D, mais bon, l’héroïne fait parfois des blagues pas mal, donc ça se tient.

Début 2020, je me dis que c’est une bonne occasion de se lancer dans une autre dynamique. Ces derniers mois j’ai découvert plusieurs moyens de changer de perspectives sur les évènements, et ça m’a fait un bien fou.

Le mental, un menteur

J’ai d’abord appris que mon mental aurait toujours la volonté de me limiter, de m’éviter tout accident, toute sortie de route. Si on reprend du début, le mental, c’est un bête ordinateur sur lequel ont été installés au fil des expériences et des messages reçus un tas de préjugés/structures de “ça se passe comme ça”, de limites type “Corentin a fait du vélo sans les petites roues et il est tombé, je peux pas faire de vélo sinon je vais tomber”. Comme tout ordinateur, il fait exactement ce qu’on lui demande, rien de moins et surtout : rien de plus. Ce n’est pas le mental qui va imaginer notre vie hors de la zone de ce qui est connu aujourd’hui. Ce n’est pas lui qui va nous faire sauter d’excitation à l’idée de partir en voyage seul-e, ou à l’idée de démissionner ou quitter une situation où on est malheureux-se.
Par contre c’est lui qui va se lancer dans la spirale des “et si?”, des scénarios catastrophes et des trucs angoissants qui n’en finissent plus. C’est lui qui va lancer en boucle le programme “non mais je suis timide je vais pas envoyer ça c’est beaucoup trop” quand je vais avoir envie de communiquer quelque chose, de sortir de l’ordre établi.
Et si ces réflexions et ces comportements sont somme toute intéressants dans des situations de danger effectif, ça reste tout de même souvent superflu.

Ce qui m’a fait évoluer vis à vis de mon mental et ses idées ces derniers mois, c’était de les identifier, et de me souvenir qu’elles ne sont pas moi, qu’elles sont seulement la réaction du passé à ce que je fais/suis/projette. Ce n’est rien de nouveau, rien d’innovant. Seulement des rappels de ce que j’ai vécu/connu avant.
Et quand j’observe ça et qu’en même temps je ressens des élans de motivation/d’action/d’émotions dans mon corps, c’est vers ceux là que je me tourne pour savoir quoi faire et comment me mettre en mouvement. Une fois que j’ai vérifié que je ne sautais pas non plus dans le vide sans filet.

Do you read me?

Ce qui m’a aidé à embrasser ces situations d’inconfort, c’est également d’apprendre à m’aimer, à m’accorder de la valeur et de l’écoute. Je suis souvent restée sourde face à des maux physiques ou mentaux qui me criait pourtant à la tête “ça va pas, ne reste pas, change quelque chose”. Sauf que je mettais le bien-être et l’intérêt de la personne/l’entreprise/du client en face au dessus de ce que je pouvais vivre. Je me remettais en question, je bossais sur moi pour me réparer, pour améliorer les choses, pour changer ma vision des évènements, pour que ça ait un sens à la fin. Je prenais mon esprit, mes convictions et valeurs, je les transformais en pâte à modeler et les sculpter à l’image de ce qui était attendu à l’extérieur. Sans prendre en compte ce que je pouvais en dire. En travaillant en thérapie sur tous ces éléments, j’ai compris le caractère néfaste de ces comportements et j’ai tâché de me remettre au centre de mes démarches, d’être à l’initiative de ma vie.

S’autoriser le risque

Ces dernières semaines, j’ai attaqué à fond le “je suis parfaite” en m’intéressant aux travaux de Brené Brown sur le vulnérabilité et la honte. Cette chercheuse s’intéresse depuis plus de 20ans à ces sujets éminement complexes, qui semblent être à la base de tout. Elle explique que la créativité, la joie et l’amour notamment découlent de l’expression de notre vulnérabilité. J’aime beaucoup sa définition de la vulnérabilité :

“I define vulnerability as uncertainty, risk, and emotional exposure. With that definition in mind, let’s think about love. Waking up every day and loving someone who may or may not love us back, whose safety we can’t ensure, who may stay in our lives or may leave without a moment’s notice, who may be loyal to the day they die or betray us tomorrow- that’s vulnerability. Love is uncertain. It’s incredibly risky. And loving someone leaves us emotionally exposed. Yes, it’s scary, and yes, we’re open to being hurt, but can you imagine your life without loving or being loved?”

Brené Brown, Daring Greatly

Quand Brené Brown mentionne que se couper de sa vulnérabilité, c’est se couper du risque d’avoir peur, d’avoir honte, mais que c’est aussi se couper du risque d’aimer, de ressentir de la joie, de créer, ça me fout un coup dans le bide, je suis remuée. Elle vient appuyer sur des cicatrices ou des schémas mentaux solidement ancrés en moi, et me pousse à m’en débarrasser, pour vivre autrement, et plus intensément.
Ses paroles font écho également à l’épisode “Ce que le patriarcat fait à l’amour” des Couilles sur la Table qui m’a foutu par terre et que j’ai déjà réécouté pour être sûre d’avoir tout entendu. Je ne veux plus tolérer le manque d’authenticité dans mes relations, et surtout dans ce que moi j’émet. Ce n’est pas me rendre service que d’être malheureuse au quotidien, et ça dessert également mon entourage au global, qui pâtissent également des noeuds non résolus de ma vie.

J’intègre la vidéo du TED de Brené Brown ci-dessous, j’en ai pleuré, mais ça m’a lavée.

Je recommande également sa conférence “The call for courage” dispo sur Netflix, c’est brillant.

De mon côté je commence l’année avec encore de grosses épines à enlever de ma vie, comme Karaba la sorcière dans Kirikou, qui est méchante jusqu’à ce qu’on lui enlève l’épine qui la fait tant souffrir. Je veux croire que je ne suis pas si méchante, mais par contre j’observe les failles que j’expose et les mauvaises habitudes que j’entretiens pour ne pas quitter l’ordre établi.

Je peux faire le même regard noir en ce moment. Ça doit changer!


Cette année je m’engage à ne plus reculer, à quitter mes zones d’inconfort. Le changement ne sera pas simple ou sans accroche, on est pas dans un Disney. Mais je veux m’autoriser à quitter mes films d’horreur à faible budget. Il est temps de se mettre en mouvement, pour tester autre chose, pour se réinventer et voir si un autre rôle nous convient mieux.

Et puis j’ai envie d’avoir confiance, de me dire que je suffis. C’est d’ailleurs également ça que je vise en publiant cet article. Des gens trouveront ça bête et égocentrique, d’autre s’y reconnaîtront peut-être? Qu’importe, je vais le voeu de m’ouvrir comme ça également. Je me met en mouvement.

Et toi, tu fais comment pour gérer l’inconfort?

Des baisers et du courage pour ce début d’année.

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