Stronger


Discussions de bar / Monday, February 10th, 2020

Hier soir je tournais en rond dans mes idées, sans arriver à sortir d’un gros tourbillon. Voici le bail, avec le bazar de mes pensées d’hier soir mises en mot :

Autour de moi tout bouge pas mal depuis le début de l’année. Je vois dans mon entourage une foule d’initiatives se mettre en place, des projets se lancent, avec parfois derrière l’idée du “bordel, je peux plus faire autrement”. Je vis depuis quelques semaines au rythme de ce sentiment d’urgence, chez moi et chez les autres.
La dernière fois je parlais de la zone d’inconfort, de l’approche de l’action par la vulnérabilité. Ce sont des choses que j’essaie de mettre en place au quotidien. Le “au pire qu’est-ce qu’il se passera?” m’aide pas mal à me montrer plus culottée et entreprenante.
Mais parfois j’ai des moments où je flanche complètement face à une difficulté, où je dis que je n’ai pas à tout remettre en question, qu’il suffirait peut-être que je trouve “le” paramètre de la situation, “la” pensée à modifier en moi, “le” truc qui changerait tout mon ressenti d’une situation.
A force de me bourrer de lectures/expériences/ateliers ou retraites en tout genre, je me suis vue reprendre la main sur ma vie, en redevenir actrice. J’ai repris cette responsabilité. Mais ça a un côté dérangeant : si la situation est complexe ou difficile à vivre, c’est que c’est moi qui la crée par mes actions, mes pensées, mes paroles.
C’est à moi de faire le travail qui permettra de renverser la vapeur.
C’est à moi de modifier les conditions internes de l’expérience pour qu’elle me convienne.
Et d’un coup, le fait d’être l’unique responsable de la situation devient très compliqué pour moi, car mon ego voudrait que la raison soit l’autre, soit externe, que je n’ai pas à bouger un petit doigt pour que tout rentre dans l’ordre.


J’avais dis que ça partait dans tous les sens non? Au moins je le dis ce matin. Je partais dans tous les sens, du coup j’ai éteint le PC, j’ai médité quelques temps et après ça allait bizarrement mieux.
Et puis j’y suis revenue ce matin avec d’autres pensées et pistes. Car au fond ce qui me bloquait hier soir, c’était surtout ma croyance selon laquelle je dois être parfaite, forte, sans faille.

La semaine passée avec un ami on parlait des affirmations, du fait de se dire à soi même qu’on est fort, qu’on est ambitieux, qu’on est à la bonne place, qu’on réussit, qu’on peut être aimé par soi et pa les autres. C’est quelque chose que j’apprécie faire, ça me renforce dans mon amour de moi et de fait dans ma capacité à accueillir et à être bien avec mon entourage.

Bref, ce matin c’était à nouveau la tempête dans ma tête, j’avais un fort sentiment d’étouffement sur la poitrine, je me sentais dépassée par les évènements. Du coup en me préparant mon café je me répétais à voix haute “je suis forte, je suis forte, je suis grande, je suis à la place”, et dans mon ventre ça se nouait complétement. Il y avait quelque chose d’inconfortable, de faux dans ce que je prononcais, je n’étais pas en accord avec moi-même.

Et m’est revenu en mémoire une citation d’un podcast de Balance ta peur avec Jerry Hyde, qui disait “Be good or be whole“. Et là j’ai compris qu’en réalité oui, je suis forte, je suis grande, je suis à ma place, mais tout change, et là tout de suite, j’étais faible et sensible et dans l’inconfort. Et c’était OK, je pouvais aussi m’apprécier et être douce avec moi face à ces failles.

J’ai passé des années à me pousser pour être parfaite, faire plaisir aux autres (cimer les messages contraignants) et c’était résolument fucké comme structure de pensée. En réalité oui je suis forte, mais je suis faible aussi, et je suis grande mais petite et fragile aussi. J’ai le droit d’avoir mal parfois, de ne pas serrer les dents constamment en me disant “je suis forte, je tiendrais face à ça aussi”. On a le droit de revendiquer le respect de nos valeurs, de nos idées, de nos limites aussi, et de demander de l’espace pour se ressourcer parfois. On a le droit d’apprécier des moments, de se dire “ouais, là c’est exactement ce que je souhaitais vivre, je me sens libre et puissante et forte” et à certains autre de se dire “là il y a de la souffrance, de la colère, de la peur”.

L’important était pour moi de me rappeler que tout passe, tant la joie pure que la tristesse intense, et de cultiver le détachement. Car les émotions qui nous traversent, les pensées que l’on a ne nous définissent pas, on peut les observer sans s’y attacher (c’est dur, mais ça s’apprend et surtout c’est un muscle qui s’entraîne, je vois pour moi que c’est jamais acquis). J’ai des ombres et de la lumière en moi, je fais parfois de mon mieux et des fois j’y arrive pas, et c’est OK aussi. Cultiver l’art du “ça passera aussi”, c’est se permettre de vivre les émotions qui nous traversent (agréables comme désagréables) en sachant qu’une émotion dure 90 secondes quand on la laisse vivre, et bien plus longtemps si on la refoule et qu’elle s’imprime en nous et s’accumule. Ne plus “être colère/tristesse” mais “identifier qu’il y a de la colère, de la tristesse”, et savoir que ça passera me fait un bien fou, et m’amène à vivre ces vagues de vie avec des hauts et des bas de manière plus mesurée et équilibrée. Alors même que les bas me semblent parfois vraiment vertigineux, et que les hauts me filent les larmes aux yeux de “bordel, à ce point?”

Ce que j’essaie de dire en partant dans plein de directions différentes, c’est avant tout que derrière les injonctions à la responsabilisation qu’on peut voir dans des ouvrages de développement personnel, je trouve ce matin (c’est du tout frais tout juste sorti du four) une certaine serennité dans l’accueil de mes failles et de mes moments de faiblesses. “Be good or be whole”. Je n’ai plus envie d’être bonne à tout prix face aux autres, car ce serait rester dans une identité à geométrie variable, où je jouerai le caméleon face à tout le monde. J’ai envie d’être entière et intégre vis à vis de mes idées, ambitions, objectifs et surtout vis à vis de mes émotions, pour ne plus les étouffer et les accumuler. Augmenter le volume des émotions agréables, me donner l’espace pour exprimer les émotions désagréables, me souvenir que tout bouge, tout change. Me ramener à l’instant présent sans attentes, sans vouloir que l’agréable sure ou persiste, et sans espérer que le désagréable disparaisse vite, et ne revienne jamais.

Dans cette idée de “je suis responsable de mon expérience”, je n’avais pas bien compris que ça impliquait aussi le droit de vivre du négatif. De faire l’expérience de la colère, la peur, la honte, la tristesse. ces émotions sont importantes et me parlent de ce que je trouve injuste, irrespectueux, de ce qui dépasse mes limites, ce qui me met en danger. A ce titre, ces émotions sont vitales et les vivre est salutaire. Et si je ne peux pas toujours choisir mes pensées ou mes émotions, j’ai par contre le droit et de quoi les vivre sans les réprimer.

Mon périmètre d’action est limité à ce sur quoi j’ai du pouvoir. Je ne peux pas changer les gens, je ne peux pas changer la face du monde pour qu’il soit en accord avec l’ensemble de mes idées et valeurs. Je peux juste être. Je peux juste être en accord avec mes valeurs et agir en tant que tel, sans vouloir obliger une autre personne à faire la même chose que moi. Après tout, je ne suis responsable que de la pièce de théâtre que je joue au quotidien (à grand renfort d’écriture, acte 2 scène 3, tout est consigné dans mes carnets), dans lequel j’ai le rôle principal et où le reste du monde n’a qu’un second rôle. Et où, surtout, je ne peux pas donner le script avec les lignes et les didascalies pour que la réalité ressemble à mes envies. Chacun joue sa pièce, en totalement impro, et ne maîtrise que ses actes, ses paroles et ses pensées, sans aucune prise sur ce que les autres feront. Cela restera de l’ordre de l’inattendu, et c’est ça qui est chouette. Le futur n’existe pas, tout reste à faire et je n’ai pas envie de nourrir encore ces pensées limitantes.
Je ne crois pas être forte à 100%, ni faible à 100%. J’aimerai dire que je suis douce avec moi même 100% du temps, mais ça serait complètement faux également. Ma coloc m’a dernièrement conseillé de décrire la situation difficile que je traversais en l’écrivant à la troisième personne, façon Alain Delon. Juste pour prendre de la distance, voir ce qu’il se passe depuis un nouvel angle, et apprécier les évènements sous un nouvel angle, avec plus de compassion. On est souvent notre meilleur ennemi, et notre plus grande limite. Décrire ce qui m’arrivait en parlant de “elle” m’a permis d’approcher les choses avec plus de compassion, et c’est parfois ce qu’il y a de mieux à faire.
Je suis comme nous tous, je vis en faisant de mon mieux avec les pensées et les outils que j’ai à disposition. Avant je n’avais qu’une pioche et un marteau dans la caisse à out’, et c’était pas génial pour peindre des murs. Peu à près j’apprend à faire la paix avec tout ça. Ça prend du temps et j’apprend la patience.

Je ne sais pas ce que demain me réserve, on va essayer de continuer à surfer sur les vagues en les accueillant, histoire de surtout pas se noyer. Et puis on va avancer comme on le peut sans trop de mettre de limites, en parlant avec le coeur.

Je suis forte, parfois.

Ah, l’impermanence.

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