C’est pas bientôt fini?


Discussions de bar / Sunday, March 1st, 2020

Quelle frustration quand je ressens une émotion lourde, une tristesse, une peur, une colère, de la honte. Je ressens un profond sentiment d’échec, je me dis que purée, j’avais réussi à dépasser ça, et voilà que ça revient, que je me ressens plus bas que terre, clouée au sol. J’ai envie de l’afficher au monde en disant : voilà, j’avoue, j’y arrive pas en vrai. Derrière ces quelques vidéos souriantes et ces partages de moments où ça va, je me prend inévitablement les pieds dans le tapis, je tombe, je trébuche.

Dans ces moments je passe en mode alerte, en mode guerre. Je cherche à comprendre ce qui cloche et à voir dans l’arsenal de mes connaissances et compétences actuelles quel serait l’outil, la méthode, la pensée la plus appropriée pour sortir de ce puit qui semble être sans fond.

J’en oublie parfois le caractère normal et attendu de ces évènements, en me convaincant que la dernière fois, c’était passé et que ça devait être derrière moi pour de bon. Mais il s’agit d’une immense et intense illusion. Ces moments font tout autant partie de la vie que les moments chouettes, pleins de joie, d’amour, et de partage. C’est connaître des instants de plénitude qui me permet de déceler le déséquilibre, le manque, le doute.

Et à l’inverse, c’est connaître ces baisses de régimes où mon corps ploie sous une pression invisible et où mon esprit tourne sur des idées moyennes qui me permet de reconnaître les moments de sérénité et d’équilibre. Les uns n’existent pas sans les autres. Cet éventail d’émotions et de sentiments est juste et nécessaire à ce que l’on puisse vivre une vie riche et forte.

Tout ça ne détruit ou n’amenuise en rien notre puissance, notre identité. Ces émotions ne la définisse d’ailleurs pas. Nous ne sommes pas colère, tristesse ou joie, nous sommes une mosaïque de constructions, un enchevêtrement de souvenirs, de structures de pensées qui nous sont propres.

Quand il pourrait y avoir besoin d’ancrage

En créant ce blog je m’imaginais aborder des sujets différents, distincts et complémentaires à chaque prise de parole. Je ressens ainsi de la culpabilité en réalisant que ça tourne autour des mêmes sujets constamment, que les mêmes idées sont émises à chaque post. Je n’ai pas l’impression de remplir le contrat que j’avais établi à l’époque, et pour cause, c’était une ambition certes intéressante mais qui n’est pas en phase avec mes envies et mes besoins de partage réel. Mes centres d’intérêts et les pensées qui me nourrissent tournent perpétuellement autour de ce projet réflexif personnel, que j’enrichis au fil de lectures, de discussions et de découvertes variées. Mes positions changent de jour en jour, ainsi un article (parmi le faible volume écrit) datant d’il y a quelques jours/mois ne sera peut être plus en phase avec mes pensées actuelles. Et c’est ok. Ce blog est un journal, c’est un moyen pour moi de présenter ce à quoi je peux me confronter et ce qui me qualifie dans la situation actuelle.

Je ne peux pas nier la nature cyclique de mon expérience de vie. Les moments où ça va bien cèdent la place à des moments plus mornes, c’est comme ça. Cela ne signifie pas que je suis en faute, ça arrive.
Et puis ça passera aussi.

Ce qui est le plus rude dans les moments down, c’est le flot de pensées qui occupe mon esprit, les jugements que je me porte, qui relèvent mon caractère faillible, mon manque de détermination, d’application, de persévérance. Je juge que je perd le contrôle, que de fait tous mes plans doivent être remis en question et changés, car c’est une nouvelle fois la preuve que je ne suis pas parfaite, adaptée, taillée pour mes ambitions. Il y a de bons côtés à être quelque peu perfectionniste, à vouloir délivrer un travail, une attention, un plat de grande qualité (oui, la nourriture est importante), en y mettant ses tripes, ses connaissances, son envie.

Mais qu’en retirer quand ce perfectionnisme et ce juge intérieur nous transforment en funambule, en équilibre constant sur un fil tendu en direction de nos attentes les plus irréalistes?

Je me juge car j’attends de moi que je présente une certaine image, avec une ouverture, des connaissances, une intelligence, de la flexibilité. Nous jugeons constamment, tout, tout le monde, au regard de notre conception personnelle du monde.

Mes attentes envers moi-même peuvent être un moteur quand l’objectif est réalisable, motivant, et en accord avec mes valeurs et mes envies. Mais elles me pourrissent la vie quand elles sont inatteignables, qu’elles viennent d’autrui, du passé aussi (je ne suis plus la même qu’il y a 2jours, 6mois, 3ans et c’est correct). Ce sont les “il faut” de ma vie, les exigences que je m’impose qui créent une distance entre ce que je vis et fais et ce que je “devrais” faire et être. En se distançant ainsi de la réalité telle qu’elle est et y apposant une réalité parallèle “évidemment” meilleure, plus heureuse et entière, je rend mon expérience actuelle morose. Je génère envie (d’autre chose) et rejet (de ce que je vis actuellement), ce qui est en désaccord profond avec les enseignements sages qu’on nous propose notamment en Vipassana.

En réagissant à mon expérience de la vie, qui est ce qu’elle est, avec envie et aversion, je plante les graines de ma propre souffrance et de mes propres troubles. S.N. Goenka (l’enseignant de la méditation Vipassana) propose au contraire d’observer la réalité telle qu’elle est en réalisant l’impermanence des choses. Tout passe, tout bouge, tout change constamment, alors pourquoi s’attacher ou réagir à mon expérience actuelle en en souhaitant plus ou en la rejetant?

Là encore je reboucle avec des phrases que j’ai déjà prononcé, et que je prononcerai encore. Et c’est juste ainsi.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *